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Construction du Centre International de l’Art Pariétal Montignac-Lascaux
Retranscription du discours d’Aurélie FILIPPETTI, Ministre de la Culture

À l’occasion de la cérémonie des premiers Gestes du Centre International de l’Art Pariétal Montignac-Lascaux, jeudi 24 avril 2014​

Mesdames et Messieurs,
Monsieur le maire de Montignac,
Monsieur le Président du Conseil général cher Bernard CAZEAU,
Monsieur le Président du Conseil régional Alain ROUSSET,
Cher Germinal Monsieur le Député,
Monsieur le Conseiller général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Préfet,
Monsieur Yves COPPENS Président du Conseil scientifique ;

Je suis extrêmement heureuse d’être ici avec vous pour cet acte de naissance de Lascaux 4. C’est un beau baptême avec les collectivités territoriales partenaires, l’Etat, le fleuron de la recherche scientifique ; avec tous ceux qui œuvrent pour Lascaux, qui aiment Lascaux et qui se battent pour que Lascaux vive, continue à vivre au cœur de chacun d’entre nous, chacun d’entre vous ici en Périgord et aussi au cœur de chacun des FrançaisC’est une belle étape parce que c’est une étape qui s’inscrit dans une histoire et Lascaux c’est une histoire très forte au cœur de l’Histoire de France.

Si Lascaux suscite tant de fascination, c’est pour la beauté extraordinaire des œuvres de ces artistes d’il y a 20 000 ans. C’est aussi parce que finalement, ce que l’on y voit c’est quelque chose qui est au cœur de chacun d’entre nous. Une part de nous-même tout à coup projetée sur une paroi qui nous fait faire un bond de 20 000 ans en arrière et on se dit que le geste de celui, de ceux qui ont fait ces peintures ou ces gravures, c’est le même geste que celui des artistes-artisans des ateliers de Montignac que nous avons visités tout à l’heure. On est au cœur de l’humanité dans ce qu’elle exprime de besoin de spiritualité, de besoin d’émotion et de besoin de partage parce que ce qui est bouleversant aussi, et ce dont j’ai pu me rendre compte ce matin avec Yves COPPENS et avec Muriel MAURIAC la Conservatrice, c’est que ces œuvres elles sont également un dialogue avec nous, avec les siècles. Elles ont été créées, inscrites pour durer et elles ont duré par l’effet d’heureux hasards, d’une providence dont nous nous félicitons évidemment.

L’histoire a rebondi pour Lascaux en 1940 à l’heure la France connaissait des heures noires, des heures très sombres. Ces quatre adolescents auxquels je veux rendre hommage, les quatre inventeurs de la grotte, ont tout à coup ouvert ce pays alors dans l’obscurité sur un monde de lumière, y compris au cœur de la terre.

Et puis après la guerre la grotte a été ouverte au public avec un afflux massif, une popularité immense. Cette popularité c’est parce que cette grotte effectivement touchait chacun dans son humanité la plus profonde. Il a fallu – et André MALRAUX là-aussi a eu une préscience, un volontarisme que l’on doit saluer aujourd’huiprotéger la grotte des atteintes sinon inexorables que lui auraient portée la fréquentation touristique excessive et donc la contamination de l’éco-système. Cette décision, elle a sans doute été difficile à prendre pour lui et difficile à vivre ici, dans la région. Mais ça a été une décision bénéfique, une décision de long terme, une décision de protection. La mission première du ministère de la culture c’est cette conservation du patrimoine national. C’est aussi la diffusion, l’ouverture du patrimoine, des richesses de l’humanité pour chacun d’entre nous, pour chacun de nos concitoyens ; la mise à disposition de ces merveilles pour tous les Français.

Yves COPPENS a une très belle formule. Il dit : « tout le monde a droit à tout le savoir du monde, tout le monde a droit à toute la culture du monde ». Nous sommes dans cette tension de ce qui n’est pas une contradiction entre la nécessité impérieuse de protéger la grotte originelle et le besoin absolument fondamental de faire partager et de faire connaître ces merveilles du paléolithique à l’ensemble du public.

C’est la solution qui a été trouvée en 1983 avec Lascaux 2 d’ouvrir un espace de restitution, de reconstitution ; un espace pédagogique aussi qui connait, qui a connu et qui connait encore un grand succès.

C’est aujourd’hui, avec la détermination du Président Bernard CAZEAU que je veux saluer, ce projet de Lascaux 3 qui circule et qui finalement fait se transporter nos amis du paléolithique un peu partout dans le monde et qui porte une image, un rayonnement de la France et de son patrimoine partout dans le monde.

Et c’est maintenant Lascaux 4, un très beau projet que nous allons réaliser ensemble Un beau projet architectural – bravo au cabinet Snøhettamais également un beau projet de médiation, de transmission, de partage autour d’une vision qui n’est en rien un recul ou un déni de l’exigence scientifique, bien au contraire ! Populariser, ouvrir, démocratiser, c’est démocratiser ce qu’il y a de meilleur dans la recherche et le savoir et je veux moi-aussi saluer les professeurs CLOTTES et GENESTE qui sont ici avec nous.

Démocratiser, il fallait pour cela pouvoir utiliser ensemble, dans un même mouvement, les ressources du 21ème siècle : celles du numérique cher Alain et donc les possibilités infinies de protection de la grotte originelle et en même temps de reconstitution à l’identique qu’offre le numérique, qu’offre le laser par exemple, les joindre avec l’expertise, le savoir-faire tout à fait stupéfiant, extraordinaire de nos artistes-artisans des ateliers qui savent justement conjuguer la haute technologie, la technologie de pointe, avec le geste ancestral des artistes du paléolithique. Et c’est ça qui va faire tout le caractère exceptionnel de Lascaux 4.

C’est évidemment une immense fierté parce que c’est respecter le passé et se tourner vers l’avenir, c’est faire ce lien entre les gestes traditionnels, les gestes des artistes et la technologie numérique.

C’est aussi un enjeu fondamental de souveraineté parce que, outre la participation financière et le tour de table financier, il y a aussi pour l’Etat la mise à disposition des données numériques captées dans la grotte et qui sont des données publiques. Ce sont des données qui doivent rester des données d’Etat. On sait très bien qu’aujourd’hui il y aurait des grandes entreprises américaines qui seraient extrêmement intéressées par la numérisation de notre patrimoine et ensuite par l’utilisation de cette privatisation des données ainsi récoltées.

Mais nous avons fait le choix de conserver publiques ces données parce qu’elles font partie du patrimoine national et qu’en quelque sorte elles sont finalement une image de la grotte elle-même et l’Etat les met à disposition du Conseil général pour justement travailler sur l’espace de reconstitution de Lascaux 4.

C’est donc un projet exemplaire aussi bien du point de vue scientifique, du point de vue de la transmission, que du point de vue de la modernité de l’utilisation de ces données. C’est un projet qui va nous permettre de répondre aussi à une exigence, une interpellation (qui date d’il y a un certain temps) par les services de l’Etat, les services de la DRAC qui font un travail remarquable en ce qui concerne la sanctuarisation de la colline elle-même. Parce qu’évidemment, la grotte est fragilisée par le flux des voitures et donc des gaz d’échappement qui peuvent malgré tout s’immiscer dans la grotte et perturber l’éco-système. L’investissement dans Lascaux 4, avec aussi un investissement routier monsieur le Préfet pour contourner la route actuelle, va nous permettre tout en préservant un avenir et une utilisation pour Lascaux 2 de sanctuariser et de ne plus avoir de flux de véhicules polluants sur la colline. Là encore, c’est une exigence scientifique qui se trouve une heureuse issue à travers un projet de développement touristique et économique autour du site de Lascaux.

Enfin, il y a bien sûr les inquiétudes qui se sont exprimées et qui continuent parfois de s’exprimer sur l’état de conservation de la grotte originelle comme si finalement certains semblaient regretter qu’un jour cette grotte ait été inventée. Mais non, au contraire, quel bonheur de pouvoir bénéficier de ce patrimoine exceptionnel et de savoir qu’il existe ! Et pour ce faire, avec le professeur COPPENS, avec Muriel MAURIAC la conservatrice, j’ai voulu me rendre compte de l’état de ce qui avait été en 2001 considéré comme une menace micro-biologique et ce que je peux vous dire c’est qu’aujourd’hui, on constate que dans la salle des taureaux et dans le diverticule axial la contamination est quasiment inexistante, extrêmement faible ; que les taches qui étaient apparues dans le passage, dans l’abside, dans la nef en 2006 ne connaissent plus d’expansion et qu’elles ne concernent que 1% des peintures. Et donc l’état de conservation de la grotte est tout à fait remarquable, tout à fait exceptionnel, et nous avons la chance aussi, je veux la remercier, d’avoir une conservatrice tout à fait remarquable qui se dévoue corps et âme pour la préservation de cette grotte de Lascaux et pour la transmission de ses merveilles au plus grand nombre.

Merci à tous de votre présence nombreuse qui traduit je crois l’amour, la fascination, le mystère qui émanent de cette grotte.

Nous allons avec Lascaux 4 avoir un formidable outil au service de la démocratisation de l’accès au savoir au service des jeunes générations, au service aussi de la conservation de la grotte originelle et ainsi un instrument de partage de ce qu’il y a de plus beau au cœur de l’humanité : cette capacité à exprimer une émotion à la transmettre au-delà des ravages du temps.

Merci.