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Construction du Centre International de l’Art Pariétal Montignac-Lascaux
Rencontre avec le Professeur Yves COPPENS

Membre de l’Académie des Sciences, Président du Conseil scientifique chargé de la conservation de la grotte de Lascaux

Quelle est votre histoire avec la grotte de Lascaux ? Quelles émotions, impressions, sensations, avez-vous eu lorsque vous avez pénétré la grotte la première fois ?

Ma réponse est paradoxale, double. C’est à la fois une impression de vacarme, de bruit, mais aussi de silence sacré. En effet, tous ces animaux avec les fils abstraits qui les accompagnent, me sont apparus comme absolument chargés d’informations, de sens ; comme s’ils échangeaient les uns avec les autres. L’autre aspect était la sensation d’un grand silence sacré lié aux aspects mystiques et mythiques de la grotte, témoin de la dimension intemporelle de l’humanité.
Les peintres de Lascaux peignaient la grotte comme on peint une cathédrale, un lieu sacré. Toutes ces dimensions me sont apparues comme m’emmenant vers les dieux, vers les cieux de ces hommes préhistoriques, et non pas vers les hommes préhistoriques eux-mêmes, mais vraiment vers leur panthéon.

Quel est son état de santé actuellement ?

L’état de santé de Lascaux est excellent. La grotte se porte bien, on y veille, on y est très attentif. Les portes de la grotte sont fermées, sauf pour environ 800h/homme par an consacrés à sa vérification. Par ailleurs, on a également un simulateur à l’Université de Bordeaux qui permet de suivre une intervention éventuelle afin de voir s’il n’y a pas de dommages collatéraux.

Quel regard portez-vous sur ces 50 ans de conservation ? Lascaux 2 a-t-elle vraiment sauvé Lascaux ?

Les 50 ans ont été un peu chaotiques. Simplement, parce qu’il y a eu des dommages et pour cause. Quand on enlève 8 m3 de bouchons, que l’on fait entrer des milliers de visiteurs, on augmente la pollution de la grotte.
Quand la grotte a commencé à développer des algues, puis des champignons, il y a eu un mouvement de panique, avec des actions un peu brutales qui ont entrainé des variations dans l’état de santé de la grotte. À terme, c’est satisfaisant. Il n’y a pas eu de dégâts. Nous saluons donc la qualité des peintures et des peintres de Lascaux de Cro-Magnon, la qualité de leurs procédés de conservation de la peinture.

Selon vous, quel sera son devenir ?

Les devenirs : le travail du Conseil Scientifique est de donner le maximum d’informations pour conserver la grotte le mieux et le plus longtemps possible. À ce propos, nous menons des recherches scientifiques pour ne pas agir avant de connaître, et essayer de faire en sorte que la grotte se porte bien. Je pense que la grotte peut résister encore à une bonne vingtaine de milliers d’années.

Êtes-vous pour une sanctuarisation du site ?

Je suis pour un sanctuarisation du site dans le but de diminuer le plus possible sa pollution. La proximité de Lascaux 2 avec Lascaux peut entrainer des dommages à long terme. En effet, Il y a beaucoup de visiteurs - près de 300 000 par an - augmentant ainsi les pollutions. Je suis donc favorable à une sanctuarisation du site et à l’établissement de Lascaux 4, Centre International de l’Art Pariétal au pied de la colline.